|
De retour de croisade, le chevalier Henri de Mullenheim, voulant rendre grâce au
ciel de l'avoir épargné, décide de faire construire un couvent guillemite, dans le quartier de la
Crutenow (aujourd'hui, Krutenau). Terminée en 1307, l'église se démarque
des autres édifices religieux strasbourgeois, par la modestie de son
architecture. Ordre mendiant, les guillemites n'aiment guère s'encombrer de
fioritures artistiques et ostentatoires, qu'ils considèrent aussi coûteuses
qu'inutiles.
|

|
|

|
L'autre grande caractéristique de cet édifice, est la
présence, en son sommet, d'un clocher totalement asymétrique. Cette curiosité
architecturale a donné lieu à deux légendes. - Dans la première version,
l'architecte de l'église, furieux de voir son "si bel édifice" affublé d'un
clocher aussi "bancal", se bat à mort avec son charpentier. - Dans la seconde
version, humilié et déshonoré par la grossièreté de son erreur, l'architecte
décide de se repentir en se noyant dans l'Ill.Située en plein milieu du
quartier des bateliers, Saint-Guillaume devient, au 14ème
siècle, la paroisse de cette importante corporation.
A cette occasion, son
clocher est surmonté d'une ancre. A la réforme, l'église "tombe aux mains"
des protestants et devient l'une des 7 paroisses luthériennes de Strasbourg.
|
L'orgue:
Malgré les intrigues du facteur Merckel dont le beau-père était l'un des
pasteurs de la paroisse Saint-Guillaume, c'est Andreas Silbermann qui fut chargé
de construire un orgue neuf en 1726. Cet instrument, de 19 jeux sur 2 claviers
et pédalier, fut inauguré le premier dimanche de l'Avent de 1728. Une voix
humaine fut ajoutée en 1734, et une Trompette en 1754, particulièrement admirée
par Riepp lors de sa visite en 1760; Riepp avait demandé à voir un orgue
d'Andreas Silbermann, et c'est à Saint-Guillaume que l'emmena Johann Adreas.
Des modifications intervinrent en 1845 (addition de 7 jeux) et 1863 (ajout
d'un jeu) par Martin Wetzel, puis en 1881 (extension des claviers, de la pédale,
mise au diapason moderne) par Heinrich Koulen, qui agrandit notablement
l'instrument. Même transformé, cet orgue restait impressionnant, et Emile Rupp
le cite parmi ses plus belles impressions musicales de jeunesse.
Mais ces modernisations étaient encore trop timides. Sous l'impulsion
d'Ernest Munch, fondateur de la tradition Bach à Saint-Guillaume, l'orgue fut
entièrement reconstruit en 1898 par la maison Walcker (opus 804, 52 jeux, 3
claviers et pédalier, traction pneumatique et sur lequel joua Max Reger). À
cette occasion, afin de pouvoir installer la chorale (très nombreuse) sur la
tribune, le positif de dos a été vidé de ses tuyaux. Des transformations en
1938, par Georges Schwenkedel, et en 1951-57 (4 claviers, pédale et 74 jeux),
par Ernest Muhleisen, engraissèrent l'instrument sans vraiment l'améliorer, si
bien que le projet néo-classique de 1951 ne fut jamais achevé.
En 1987, un orgue entièrement neuf, ne réutilisant que les buffets de
Silbermann, fut réalisé par Yves Koenig tout en maintenant postiche le positif
de dos. Devant l'absence totale de tuyaux conservés de l'orgue d'origine, il fut
décidé de ne pas revenir à la composition de 1728, mais de reconstruire l'orgue
selon l'esthétique de Gottfried Silbermann, pour diversifier les styles d'orgues
à Strasbourg et disposer d'un orgue plus adéquat pour l'oeuvre de J.S. Bach. Les
buffets de positif et de grand-orgue retrouvèrent, à cette occasion, leur
écartement d'origine (environ 10 mètres), ce qui rendit toutes ses proportions à
un ensemble sobre mais d'une rare élégance. Pour que l'importante chorale puisse
utiliser la tribune, l'instrument est maintenant monté sur rails, permettant de
le placer en position avancée lors des cultes ou des concerts d'orgue et de le
repousser au fond du choeur lorsque la chorale donne un concert. |